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Notes de lecture

Reductio ad Hitlerum : À propos de Libres d’obéir, de Johann Chapoutot

Prépublication, mars 2020. Note de lecture sur Johann CHAPOUTOT, Libres d’obéir : le management, du nazisme à aujourd’hui, Paris : Gallimard, 2020.

Le livre défend deux thèses : le nazisme a été non seulement « un moment managérial », mais aussi « une des matrices du management moderne ». Ni l’une ni l’autre de ces thèses n’est cependant démontrée, la première partie du livre présentant un nazisme bien peu managérial, et la deuxième un management bien peu nazi. En fait de « moment managérial », J. Chapoutot ne s’intéresse qu’à une poignée de juristes SS dont les réflexions avaient davantage à voir avec le commandement militaire qu’avec le management, et dont l’influence dans le domaine managérial semble insignifiante. La seconde thèse, quant à elle, repose sur un syllogisme biaisé : un juriste SS devint un influent professeur de management dans l’Allemagne d’après-guerre ; or des éléments de sa théorie managériale étaient présents dans ses écrits antérieurs à 1945 ; donc le management est lié au nazisme. Face à une question immense, J. Chapoutot propose une histoire constellée d’angles morts, partiale et parfois même tendancieuse.

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Confessions, secrets et non-dits : l’auto-analyse d’une ethnologue dans la guerre froide

Zilsel, n°6, octobre 2019, pp.418-466

À propos de : Katherine Verdery, Secrets and Truths : Ethnography in the Archive of the Romanian Secret Police, Budapest, Central European University Press, 2014.
Katherine Verdery, My Life as a Spy : Investigations in a Secret Police File, Durham, Duke University Press, 2018.

« Je suis allée en Transylvanie en 1973, pendant le règne du dictateur communiste Nicolae Ceaușescu, afin de conduire des recherches ethnographiques sur la vie rurale ; je suis retournée en Roumanie pour continuer ces recherches à plusieurs reprises dans les années 1970 et 1980, cumulant plus de trois années sur place. Puis, plusieurs décennies plus tard, j’ai découvert que la police secrète roumaine, la Securitate, avait constitué un énorme dossier de surveillance à mon sujet : 2781 pages. À sa lecture, j’ai appris que j’étais “en réalité” une espionne, un agent de la CIA, une agitatrice hongroise, une amie de dissidents : bref, une ennemie de la Roumanie. » (2018, p. xi)

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Le néolibéralisme, voilà l’ennemi

Lectures, 27 mai 2019. À propos de : Grégoire Chamayou, La Société ingouvernable. Une généalogie du libéralisme autoritaire, Paris : La Fabrique, 2018

Je dois commencer par dire que je connais personnellement Grégoire Chamayou. C’est lui qui a proposé mon premier livre au comité de rédaction de La Découverte, et il a accueilli mon second livre dans sa collection « Zones », au sein des mêmes éditions. Je n’entreprends donc pas cette critique de gaité de cœur. Le compte rendu d’Alexandre Klein ayant bien résumé le livre, je me contenterai de pointer les travers de la thèse et les limites de la méthode. En ligne ici.


La démocratie d’entreprise : une utopie à portée de main ?

La vie des idées, 8 mars 2019

Voté par l’Assemblée nationale en octobre 2018, le Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises (PACTE) est actuellement examiné par le Sénat. C’est l’occasion de revenir sur la démocratie d’entreprise, qui vient de faire en France l’objet d’une abondante littérature. En ligne ici.


Note de lecture sur Bourdieu, Anthropologie économique, cours au Collège de France, 1992-1993

Note de lecture sur BOURDIEU Pierre, Anthropologie économique, cours au Collège de France, 1992-1993, éd. établie par P. Champagne et J. Duval, postface de R. Boyer, Paris : Seuil ; Raisons d’agir, 2017

Bourdieu s’est intéressé à l’économie depuis ses premiers travaux en Algérie. Tout en bâtissant une œuvre « orientée, et cela dès l’origine, contre la réduction de toutes les pratiques à l’économie » (1992, p. 92), il emprunte de nombreux concepts à la théorie économique : capital, investissement, profit, valeur, offre, demande, marché, monopole, contrat, concurrence. Il est ainsi surprenant de voir qu’il n’a consacré à l’économie que deux années de ses cours au Collège de France, dont seule la première est ici retranscrite. Ces neufs cours, donnés entre avril et juin 1993, se divisent en deux parties : à une longue introduction consacrée à l’« Essai sur le don » de Mauss succède une réflexion très générale sur la théorie néoclassique, l’homo œconomicus et les fondements sociaux de l’action économique. Ils sont assez décevants.

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Le capital par le petit bout de la lorgnette

Revue française de science politique, vol. 67, n°3, 2017, pp. 547-554

Les sociologues Luc Boltanski et Arnaud Esquerre se proposent de faire pièce à une question économique majeure : comment les objets sont-ils investis d’une valeur propre ? Leur réponse prend la forme d’une typologie distinguant quatre formes principales de valorisation : la forme standard (objets industriels de série vendus neufs), la forme collection (objets déjà là appartenant à des séries qu’il s’agit de compléter), la forme actif (objets achetés uniquement pour être revendus), la forme tendance (objets saisonniers liés à une mode). La démonstration, très documentée, pêche néanmoins par sa longueur, ses partis pris méthodologiques et la faiblesse de ses concepts.

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David Graeber et les limites du militantisme théorique

Lectures, 15 septembre 2016. À propos de : David Graeber, Bureaucratie. L’utopie des règles, Paris, Les Liens qui libèrent, 2015.

Disons le tout de suite : si David Graeber est un penseur original et souvent inspiré, son dernier recueil d’articles est un peu décevant. Loin de montrer l’érudition et l’esprit de synthèse qui faisaient la force de sa critique de la dette, il ne fait que rassembler, généralement sans les approfondir, des observations déjà présentes dans ses précédents ouvrages. La sortie très médiatisée de ce livre est l’occasion de discuter les thèses politiques de son auteur et les platitudes théoriques de son militantisme.
La suite En ligne ici.


Éric Sadin et le coup d’État technologique permanent

Quaderni, Communication, technologies, pouvoir, n°86, hiver 2014-2015, pp.79-82

Recension de trois livres d’Éric Sadin :
Surveillance globale : enquête sur les nouvelles formes de contrôle, Climats, 2009
La Société de l’anticipation : le web précognitif ou la rupture anthropologique, Inculte, 2011
L’Humanité augmentée : l’administration numérique du monde, L’Échappée, 2013

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Misère de l’humanité numérique : la pensée de Jaron Lanier

La vie des idées, 29 octobre 2013

La compréhension du monde et sa transformation peuvent-elles se réduire à de simples questions de programmation ? Alors que vient de paraître son deuxième ouvrage, Who Owns the Future ?, il n’est pas inutile de discuter les intuitions du geek humaniste Jaron Lanier, qui dénonce la standardisation des consciences et la démonétisation croissante de l’économie. En ligne ici.


Sortir d’une crise économique, le mode d’emploi de Paul Krugman

La vie des idées, 2 juillet 2013

Aux yeux de Paul Krugman, la solution à la crise est simple : l’État doit gagner moins et dépenser plus. Si les réponses gouvernementales peuvent sembler mal ajustées, c’est selon lui la faute aux dogmes économiques dominants et à de puissants intérêts particuliers. En ligne ici.


La bureaucratisation du monde à l’ère néolibérale, ou la managérialisation des sociétés industrielles au XXe siècle ?

Note critique sur l’ouvrage de HIBOU Béatrice, La Bureaucratisation du monde à l’ère néolibérale, Paris : La Découverte, 2012, mars 2013

Le dernier ouvrage de B. Hibou est une exploration sociologique du pullulement normatif qui accompagne l’essor du néolibéralisme depuis une trentaine d’années. Si les cas étudiés sont éclairants, on peut regretter quatre partis pris de méthode : l’assimilation de la bureaucratie à un phénomène essentiellement capitaliste ; la focalisation sur l’ère néolibérale ; une conception trop strictement régalienne de la bureaucratie et du pouvoir ; et la minoration des dimensions symboliques et culturelles de la bureaucratie.

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Francis Fukuyama et les inconsistances d’une Histoire universelle de l’État

Papier de travail, février 2013, 10 p.

Publié vingt ans après son coup d’éclat sur la fin de l’Histoire, le dernier ouvrage de Fukuyama entreprend d’en raconter le début. Cette préquelle entend retracer la naissance et l’arrivée à maturité du héros de cette histoire politique de l’humanité : l’État. La méthode utilisée consiste « à généraliser et à comparer bien des civilisations et bien des époques » (2011, p.39) selon deux perspectives que nous allons maintenant discuter. Si cette quête des origines peut sembler moins intellectuellement hasardeuse que l’annonce d’une fin de l’Histoire, elle n’est guère plus convaincante.

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