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L’atelier d’écriture des sciences sociales

Lectures, 4 avril 2022. À propos de : Christian Le Bart et Florian Mazel (dir.), Écrire les sciences sociales, écrire en sciences sociales, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Métier de chercheur·e », 2021.

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Qu’ils le veuillent ou non, et quelle que soit leur discipline, les chercheurs font le métier d’écrire. La vie de l’esprit se déroule en public. Il faut passer par l’écrit pour formuler ses idées, les trier, les articuler, les tester, les partager. Et les communautés scientifiques sont organisées autour de la production, de la réception et de l’usage de textes. Même dans les sciences dures, comme l’ont montré Bruno Latour et Steve Woolgar à propos de la biologie, les scientifiques sont « des écrivains compulsifs, sinon maniaques »1. Ce que désirent les universitaires (un poste, une augmentation, un financement, de la reconnaissance, des disciples), c’est largement par l’écrit qu’ils peuvent l’obtenir. Bref, l’écriture est une affaire sérieuse.
L’article entier est en ligne là. Les conseils de lecture qu’il présente sont en ligne ici.


Quelques conseils d’écriture

Pour finir, je me permets de partager quelques conseils d’écriture, tirés de manuels, d’entretiens avec des auteurs et d’autobiographies. Écrites au féminin pour contrer l’assimilation courante de l’auteur au masculin, ces recommandations n’ont rien de scientifique ou de sacré : ce sont des règles d’usage, et les usages changent, et toutes les règles sont faites pour être enfreintes. Mais un premier conseil serait de maîtriser ces règles avant de les transgresser.

Lisez
En matière de style, vous êtes votre meilleure professeure (même si le regard des autres et les ateliers d’écriture peuvent être utiles).
Lisez et relisez vos auteurs préférés en essayant de décomposer leur style. Si besoin, commencez par imiter ; mais tôt ou tard il vous faudra tailler votre propre plume.
Lisez de bons stylistes, même si leur style est loin du vôtre – voilà par exemple les conseils lecture de Truman Capote : « Henry James est le maestro du point-virgule. Hemingway est un paragrapheur de premier ordre. Du point de vue de l’oreille [sic], Virginia Woolf n’a jamais écrit une mauvaise phrase » [1].
Lisez vos consœurs et confrères, sans jalousie ni dédain, pour prendre le meilleur et corriger vos faiblesses, « comme un athlète regarderait la performance d’un autre » [2], conseillait Norman Mailer. C’est aussi en lisant de la mauvaise prose que l’on comprend ce qui fait la bonne.

Écrivez
Faites-vous la main. L’écriture est comme la musique : pour apprendre, rien ne vaut la pratique régulière.
Vous pouvez par exemple tenir un journal de recherche.
Vous pouvez aussi écrire des recensions. C’est un bon format pour se former à l’écriture autant qu’à la lecture.
Votre but : écrire de façon claire, concise, directe et cohérente.

Jetez-vous à l’eau
Quand vous commencez un texte, écrivez éventuellement un premier jet très libre, non censuré, en laissant de côté vos notes et vos données. Si ça peut vous aider, éteignez votre ordinateur et écrivez à la main. Le résultat est souvent répétitif et brouillon, mais il met la machine en route et, en plus de constituer une bonne base de travail, il révèle généralement les lacunes de votre matériau.
Si vous êtes horrifiée par la nullité de ce premier jet, rappelez-vous : seule compte la version finale, peu importent les défauts de toutes les précédentes.
Si vous êtes bloquée, c’est peut-être parce que vous essayez de commencer par la première phrase de votre introduction. Commencez plutôt par un chapitre pour lequel vous avez beaucoup de matière. Et rédigez toujours l’introduction en dernier.
Si vous êtes vraiment bloquée, John McPhee, ancien pilier du New Yorker et professeur de journalisme littéraire à Princeton, recommande de faire comme si vous écriviez une lettre à votre mère pour lui expliquer votre sujet [3].

Enquêtez, amassez un riche matériau
Plus votre matériau est riche, plus votre écriture est précise et plus de constructions possibles s’offrent à vous.
Une phrase est d’autant plus droite qu’elle est vissée sur un large et invisible socle de notes. Hemingway appelait cela « le principe de l’iceberg » : « Pour chaque partie visible, les sept huitièmes sont sous l’eau » [4]. Parfois plus.

Sachez sur quoi vous écrivez
Il n’y a pas de cohérence sans sujet clairement défini.
Qu’essayez-vous de démontrer ? Quelles sont vos grandes idées ? Essayez de lister en quelques phrases les principaux apports de votre texte.

Structurez
Une histoire doit avoir un début, un milieu et une fin, comme le conseille Aristote dans sa Poétique.
La structure de vos écrits ne doit pas être trop visible. Elle ne doit pas apparaître plaquée sur votre matériau, mais plutôt découler de lui.

Sachez ce que vous écrivez
Écrire une thèse, un article scientifique, un rapport et un ouvrage grand public, ce n’est pas la même chose.
Quelles sont les règles du genre que vous pratiquez ? Là encore, tâchez de maîtriser les règles avant de les enfreindre.

Sachez pourquoi vous écrivez
Écrivez-vous pour vous faire plaisir, pour faire plaisir à quelqu’un d’autre, pour décrocher une promotion, parce que c’est votre job ?
Quels sacrifices êtes-vous prête à faire pour être publiée ?
Vous voulez écrire, mais êtes-vous sûre de vouloir écrire des textes de sciences sociales ? Avez-vous essayé d’autres genres, comme la poésie ou le roman ?

Sachez pour qui vous écrivez
Vous écrivez pour des inconnus, mais quels inconnus ? À quoi ressemblent-ils ? Quelles sont leurs lectures habituelles ? Qui va avoir le plus de mal à vous comprendre ? Quelles informations risquent d’être mal interprétées ou incompréhensibles ?
Et qui aura le moins de mal à vous comprendre ? Vous partagez tout un stock d’évidences avec vos plus proches lecteurs, et ces évidences méritent d’être questionnées aussi.

Soyez honnête
Évitez les exagérations.
N’abusez pas des italiques d’emphase. Si vous dites quelque chose d’important, les lecteurs ne doivent pas avoir besoin de ça pour le comprendre.
Évitez aussi les grandes généralisations (toujours, jamais, aucune, absolument, tout le monde, tous, etc.). Faites des recherches en plein texte pour les traquer.
Ne promettez que ce que vous avez à offrir : ne survendez pas votre affaire, mais ne la bradez pas non plus. Comme le recommande Umberto Eco dans son très bon manuel d’écriture pour doctorants : « Soyez humble et prudent avant d’ouvrir la bouche, mais une fois que vous avez commencé à parler, soyez orgueilleux » [5].
Steven Pinker met en garde lui aussi contre la « dérobade compulsive », qui consiste à multiplier les bémols (presque, semble-t-il, apparemment, plutôt, à un certain degré, d’une certaine manière, pour ainsi dire, etc.) et qui prive le texte de consistance [6].

Soyez précise
Vérifiez l’usage des mots quand vous n’êtes pas sûre (y compris pour les mots les plus ordinaires).
Ne vous satisfaites pas de l’à-peu-près : cherchez la définition du terme que vous voulez remplacer et cherchez des synonymes jusqu’à trouver le mot exact (pour ces diverses tâches, le portail lexical du CNRTL est un précieux outil).
Quand vous doutez de l’usage d’une formule, vérifiez sur Gallica ou OpenEdition books qu’elle apparaît dans des livres publiés par de bons éditeurs.

Soyez concise
Demandez-vous à chaque partie, chaque paragraphe, chaque phrase, chaque mot : est-ce vraiment indispensable ? Si je supprime ça, le sens va-t-il changer ?
N’hésitez pas à couper, même les passages dont vous êtes fière. Un texte est une forêt, pas une addition de jolis arbres.
Évitez les répétitions, l’érudition à vide et les détours inutiles.
Ne développez pas ce que vos lecteurs peuvent déduire eux-mêmes.
Préférez les mots courts aux longs. Pareil pour les phrases et les paragraphes. Il n’y a rien de plus ennuyeux que le bavardage.
N’annoncez pas ce que vous allez faire, faites-le. Ne résumez pas non plus ce que vous venez de dire. Et supprimez les panneaux indiquant ce que quelque chose d’important va être dit ou vient de l’être.
Bref, économisez votre salive et l’énergie de vos lecteurs. Les sociologues, se plaignait Howard Becker, « emploient habituellement vingt mots là où deux suffiraient ». Or les mots inutiles prennent de la place. « Ils trichent et attirent l’attention en faisant supposer des profondeurs et des raffinements qu’ils ne renferment pas » [7]. Chaque mot doit être parlant (la formulation simple et directe pourra toutefois être plus longue que la tournure absconse).

Prenez votre temps
La concision ne doit pas amener à brusquer le rythme. Donnez à chaque idée, chaque preuve et chaque argumentation la place qu’elle mérite.

Soyez concrète
Limitez les mots abstraits (société, culture, concept, structure, fonction, relation, situation, agents, individus, processus, capitalisme, néolibéralisme, fascisme et autres -ismes).
Accompagnez vos idées générales d’éléments spécifiques. Choisissez les cas, les exemples et les détails avec soin. Ne laissez pas plus de trois pages sans un exemple ou une étude de cas.
N’hésitez pas à convoquer les cinq sens.

Évitez le jargon
L’intelligence est dans les idées, pas dans le vocabulaire (un vocabulaire varié est néanmoins bienvenu et un mot inhabituel peut relever une phrase).

Écrivez avec des noms et des verbes, pas avec des adjectifs et des adverbes
C’est un conseil classique des manuels de style [8]. À chaque fois que vous utilisez un adverbe, demandez-vous s’il ne vaudrait pas mieux le supprimer et trouver un verbe plus approprié. Pareil pour les adjectifs : ne vaudrait-il pas mieux le remplacer par un nom plus adéquat ?
Faites en sorte que les sujets des verbes soient des protagonistes et non des « pratiques », des « processus », des « forces » ou d’autres abstractions. Vos phrases sont plus faciles à visualiser quand leurs sujets sont vos personnages principaux. Et si les verbes qui vont avec ces sujets indiquent leurs évolutions ou leurs principales actions, vos lecteurs auront beaucoup moins de mal à vous suivre. Par exemple, ne dites pas : le processus d’augmentation des loyers a provoqué le départ des locataires modestes. Dites : les locataires modestes sont partis parce que les propriétaires ont augmenté les loyers.
La forme passive donne une impression de dépersonnalisation et donc un air scientifique, mais elle occulte généralement les sujets. À éviter.

Soignez la syntaxe
L’ordre des mots doit indiquer leur proximité et leur ordre d’importance.
Si possible, n’utilisez qu’une proposition subordonnée par phrase.
Mettez les éléments familiers au début de vos phases et mettez à la fin les éléments nouveaux, importants ou difficiles à comprendre.

Faites des phrases courtes
Quand une phrase est bancale, essayez de la scinder en deux phrases.
Plus vos phrases sont longues, plus vous avez de chance d’y embrouiller deux idées et de perdre vos lecteurs.
Ceci étant, il faut aussi savoir varier la taille des phrases, et certaines méritent de la place. Apprenez donc à construire des phrases longues.

Allégez votre style
Évitez les tournures lourdes (l’existence de, la raison est due à, une sorte de, un type de, respectivement, dû à, un ensemble de, un certain nombre de, en termes de, en matière de, au sujet de, avec l’objectif de, dans l’éventualité où, étant donné que, etc.).
Évitez les anglicismes : impacter, en capacité de, en charge de, etc.
Évitez les clichés et les banalités, comme « à l’aube du XXIe siècle ».
Évitez les métaphores éculées, et notamment les métaphores médicales et sportives. Comme le recommandait Orwell, n’utilisez jamais une métaphore, une comparaison ou une autre figure de style que vous êtes habituée à voir dans le journal [9].
Évitez aussi, comme le conseillent Tracy Kidder et son éditeur Richard Todd, « tous les mots qui clament votre impuissance en tant qu’auteur : “indescriptible”, “au-delà des mots”, “ineffable” » [10].

Utilisez des figures de styles
Métaphores, comparaison, métonymies, litotes, etc. La liste est longue. Mais maniez-les avec précaution. Ces figures ne sont pas là pour faire joli mais pour approfondir vos idées.

Composez vos paragraphes avec soin
Les paragraphes sont des chapitres miniatures. Ils façonnent le rythme du texte, de la même manière que la ponctuation façonne le rythme des phrases.
Ils doivent articuler les différents aspects d’une idée ou d’un cas et ne jamais trop s’en éloigner. La première phrase doit annoncer l’idée ou le cas dont il sera question.
Mettez à la fin de chaque paragraphe les éléments que vous voulez souligner, ou éventuellement au début.
Évitez les paragraphes trop longs, qui peuvent décourager. Coupez ces paragraphes en deux, même si la logique ou l’argumentation ne le justifient pas. Mais évitez aussi la succession de paragraphes brefs. Et évitez les paragraphes d’une phrase.

Problématisez et racontez
Quelle énigme, quel conflit, quel problème doivent résoudre les protagonistes de votre texte ? Quel est le dénouement de votre récit ? Sachez où vous allez.
Dessinez des arches narratives qui traversent tout votre texte et y servent de fils rouges.
Restez concentrée sur ce que vous racontez.
« Racontez une histoire à la fois » [11], comme le conseillait le président du département chargé de gérer les parcs Disney. Gare aux digressions et aux apartés qui égarent plus qu’ils n’éclairent : ne vous coupez pas vous-même la parole.
Au lieu d’utiliser un concept, vous pouvez utiliser un exemple que vous convoquez régulièrement pour éclairer votre propos.

Construisez un récit fluide et prenant
Variez non seulement la longueur des phrases et des paragraphes mais aussi leur construction.
Tentez de temps en temps des transitions surprenantes : longues citations, flash-back, dialogues, changement de point de vue, rupture de ton, etc.
Évitez la monotonie, le rythme répétitif, le phrasé mécanique – d’où l’importance d’enfreindre toutes ces règles.

Faites attention aux pronoms
Ne multipliez pas les pronoms personnels. N’hésitez pas à répéter deux fois de suite le nom des personnes dont vous parlez.
Un conseil de Steven Pinker : « Souvent, les pronoms “je”, “moi” et “vous” ne sont pas seulement inoffensifs mais carrément utiles. Ils simulent une conversation, comme le recommande le style classique, et ils sont un cadeau pour le lecteur à la mémoire défaillante. Il faut un effort mental considérable pour suivre un groupe de personnages identifiés comme il, elle et ils » [12].

Peaufinez votre incipit
Soignez votre entrée en piste. Suscitez la curiosité, mais sans en faire trop. Gardez votre climax pour plus tard.
Comme le remarquent Tracy Kidder et Richard Todd, « vous ne pouvez pas faire en sorte que le lecteur vous aime dès la première phrase ou dès le premier paragraphe, mais vous pouvez le perdre tout de suite. Un médecin ne va pas vous guérir en un instant, mais il peut certainement vous aliéner en un instant, en étant brusque ou bravache ou indifférent ou confus. On ne louera jamais assez les vertus d’un début tranquille » [13].
Évitez de retarder votre entrée en matière par un avant-propos, des remerciements ou une note aux lecteurs. Les remerciements sont plus significatifs à la fin, une fois le dur chemin parcouru.

Trouvez le bon rythme
Le style est une question de rythme plus que de vocabulaire. Trop rapide et vous perdez vos lecteurs. Trop lent et vous mettez leur patience à l’épreuve. Ménagez leur énergie, surtout quand votre texte est long.
Inspirez-vous éventuellement du rythme de la parole orale.

Soignez la ponctuation
Le rythme de votre prose dépend en grande partie de sa ponctuation.
Ponctuez selon votre oreille et non selon des règles rigides, qui proscrivent par exemple de mettre systématiquement une virgule avant les « et », les « mais » et les « ou ».
Variez la ponctuation. Les points d’exclamation doivent être maniés avec prudence et les points de suspension sont à éviter, mais les points-virgules et les tirets cadratin n’ont pas été inventés pour rien !

Trouvez votre place et restez-y
Le « je » est bienvenu, mais dans l’ensemble faites-vous discrète. Ne vous interposez pas (trop) entre votre sujet et vos lecteurs.
Gardez vos sentiments pour vous, sauf si vos sentiments permettent de mieux comprendre ce dont vous parlez (par exemple, les réactions que suscite l’un de vos personnages).
Évitez les remarques intrusives. Ne donnez pas votre avis, même quand vous en avez très envie.
Évitez aussi les invectives. Elles donnent l’impression que vos arguments sont faibles et elles suscitent de l’empathie pour votre victime.

Évitez les notes de contenu
Les notes sont faites avant tout pour les références. Si le texte mis en note ne rentre pas dans le corps du texte, c’est sans doute qu’il n’a rien à faire dans votre écrit.
Et si vous faites des notes de contenu, gardez les brèves, ou bien basculez ces contenus en annexe.

Utilisez la force de la chronologie
Les lecteurs comprennent plus facilement une action lorsqu’elle est racontée dans l’ordre chronologique.

Restez simple
Pas besoin d’être Proust ou Chateaubriand pour être agréable à lire. La modestie aussi a ses attraits.
N’adoptez pas un style qui ne vous est pas naturel, même si vous le trouvez magnifique. Écrire est un travail, mais il ne doit pas vous épuiser ou vous prendre un temps infini.

Ne perdez jamais de vue vos lecteurs
Assurez-vous que vos références seront comprises (il est probable que personne ne connaît aussi bien votre sujet que vous).
Déployez les acronymes la première fois que vous les employez.

Confiez vos difficultés
Face à un problème insoluble, conseille Howard Becker, « parlez-en. Vous pouvez expliquer à vos lecteurs pourquoi le problème, quel qu’il soit, est un problème, quelles sont les solutions que vous avez envisagées, pourquoi vous avez choisi la solution imparfaite que vous avez retenue, et ce que tout cela signifie » [14].
Il peut être en soi intéressant d’expliquer à vos lecteurs pourquoi il n’existe pas de terme satisfaisant pour désigner tel phénomène, ou aucune théorie qui éclaire pleinement votre objet.

Ne restez pas seule
L’écriture est une occupation solitaire. Trouvez des relecteurs, et peu importe s’ils n’appartiennent pas au lectorat que vous visez – tester vos écrits sur des profanes est même un bon moyen de savoir si vous êtes vraiment compréhensible. Ces relecteurs peuvent aussi vous permettre de gagner en confiance (vous n’écrivez pas pour être aimée, mais vous avez sans doute besoin d’être rassurée).
Si vous écrivez un livre, essayez de trouver un éditeur assez tôt.
Écrivez pour une personne réelle ou imaginaire, en vous souciant vraiment d’elle. Va-t-elle comprendre ? Ne va-t-elle pas s’ennuyer ?
Une fois prête votre première version, n’y touchez plus pendant quelque temps, puis relisez-la comme si elle avait été écrite par quelqu’un d’autre.

Relisez-vous et faites plusieurs versions
Personne n’écrit parfaitement du premier coup, pas même les auteurs les plus chevronnés.
En général, la première version est la plus longue à écrire, puis chaque nouvelle version prend un peu moins de temps que la précédente. Mais chaque étape est importante : polir compte autant que dégrossir.
Relisez-vous plusieurs fois. Vous pouvez éventuellement consacrer chaque relecture à un aspect particulier de votre manuscrit (ponctuation, orthographe, argumentation, clarté, concision, citations et références bibliographiques, etc.).

Soignez le titre
L’éditeur peut avoir de bonnes suggestions, mais vous devriez garder le droit de choisir le titre : il fait partie de votre texte.

Suivez vos textes jusqu’au bout
Une fois que vous savez écrire, ne laissez pas les éditeurs et les correcteurs tripatouiller ce que vous faites. Les éditeurs ne sont pas forcément de grands stylistes et beaucoup de correcteurs (d’après mon expérience) appliquent mécaniquement les règles listées ci-dessus.
Tous les textes que vous signez sont les vôtres.

Détendez-vous et amusez-vous
Écrire peut être un grand plaisir.
N’ayez pas peur d’être jugée. Plus vous écrirez, mieux vous écrirez.
Testez, expérimentez, lâchez-vous. L’écriture n’est pas une science exacte. Il y a bien des manières de dire ce que vous voulez dire.

Et, quoi que vous fassiez, n’enfreignez pas la règle d’or
Quand vous faites profession d’écrire, produire des textes clairs, concis et cohérents est un impératif déontologique. Mais c’est aussi une politesse élémentaire. Vous écrivez pour des lecteurs. Sans aller jusqu’à leur procurer du plaisir, essayez au moins de ne pas leur compliquer la vie.


Notes

[1« Truman Capote », entretien avec Pati Hill, in Cowley Malcolm (dir.), Writers at Work : The Paris Review Interviews, First Series, New York, Penguin, 1977 [1958], p. 283-299, p. 288.

[2Mailer Norman, The Spooky Art : Thoughts on Writing, New York, Random House, 2003, p. 107.

[3Mcphee John, Draft No. 4 : On the Writing Process, New York, Farrar, Straus and Giroux, 2017, p. 158.

[4« Ernest Hemingway », entretien avec George Plimpton, in Plimpton George (dir.), Writers at Work : The Paris Review Interviews, Second Series, New York, Penguin, 1977 |1963], p. 215-239, p. 235.

[5Eco Umberto, Comment écrire sa thèse, trad. de L. Cantagrel, Paris, Flammarion, 2016 [1985], p. 284.

[6Pinker Steven, The Sense of Style : The Thinking Person’s Guide to Writing in the 21st Century !, New York, Viking Allen Lane, 2014, p. 43.

[7Becker Howard S., Writing for Social Scientists : How to Start and Finish Your Thesis, Book, or Article, Chicago, University of Chicago Press, 2007 [1986], p. 4. Traduction française par P. Fogarty et A. Guillemin : Écrire les sciences sociales, Paris, Economica, 2004., p. 5 et 83.

[8Par exemple le classique Strunk William Jr. et White E. B., The Elements of Style, New York, Macmillan, 1959. Cf. aussi ce très bon article : Sword Helen, « Zombie Nouns », New York Times Opinionator, 23 juillet 2012.

[9Orwell George, « Politics and the English Language » (1946), in Orwell Sonia et Angus Ian (dir.), The Collected Essays, Journalism and Letters of George Orwell, Vol. IV, In Front of Your Nose, 1945-1950, New York, Harcourt Brace Jovanovich, 1968, cité in Mccloskey Deirdre N., Economical Writing, 2e éd., Prospect Heights, Waveland Press, 2000, p. 88.

[10Kidder Tracy et Todd Richard, Good Prose : The Art of Nonfiction, New York, Random House, 2013, p. 179.

[11Dunlop Beth, Building a Dream : The Art of Disney Architecture, New York, Abrams, 1996, p. 44.

[12Pinker Steven, The Sense of Style, op. cit., p. 65.

[13Kidder Tracy et Todd Richard, Good Prose, op. cit., p. 4.

[14Becker Howard S., Writing for Social Scientists, op. cit., p. 64.